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Bernard Vienat
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Le 2 décembre 2011 à 11 h 37 min   

De l’importance des nations

Douze ans après la première édition de la Biennale de Venise en 1895, l’architecte Léon Sneyers construit pour la Belgique le premier pavillon national. Dès lors, les espaces dédiés aux nations n’ont cessé de se multiplier. Aujourd’hui, comme le souligne Paolo Baratta, président de la fondation de la Biennale de Venise, les pavillons des pays participants sont le premier pilier de la Biennale.

Ils sont en effet indispensables à un rayonnement international  et, contrairement à l’exposition centrale, confiée pour cette édition à la commissaire suisse Bice Curriger, ils offrent la possibilité à chaque nation de choisir son propre curateur, de donner un aperçu de la création artistique et des thématiques fortes présentes dans ces régions.

L’enceinte des Giardini, avec ses 28 pavillons permanents ne pouvant accueillir de nouvelles constructions, les nations pas encore représentées se sont progressivement installées à l’Arsenale et  à l’intérieur de la ville dans de somptueux palais de la Sérénissime. Lors de cette 54ème Biennale pas moins de 89 pays étaient représentés. Pour certains, comme l’Arabie Saoudite ou le Bangladesh, ce fut l’occasion d’une première participation; pour d’autres, l’Inde et la République Démocratique du Congo notamment, celle d’un retour.

Entre bonnes et mauvaises surprises, la découverte des pavillons fut haletante. Une Biennale est l’occasion de mettre en place des expositions fortes et propres à susciter la polémique. Peu de vitrines aussi importantes peuvent jouer ce rôle et c’est pourquoi il est essentiel que le  visiteur puisse, à cette occasion, se positionner clairement face aux œuvres et à leurs mise en scène. Les choix curatoriaux ambitieux sont censés permettre aux visiteurs de prendre parti, d’encenser un pavillon ou de le désapprouver fermement . Rien n’est pire que la voie médiane qui laisse un goût mièvre face aux oeuvres.

Découvertes, surprises, émerveillements et dégoûts furent au rendez-vous cette année. Peu après la fermeture de l’exposition, cet article est l’occasion de revenir sur trois pavillons marquants aussi bien par les choix des commissaires que par la qualité des travaux présentés.

Mélanie Smith l’invitée du pavillon mexicain

A l’extérieur de l’enceinte des Giardini et de l’Arsenale, dans un de ces palais propre au voyage hors temps, Mélanie Smith invitée du commissaire José Luis Barrios s’est emparée des lieux. Bien qu’originaire de Grande-Bretagne, elle fut désignée cette année pour représenter le Mexique. Signe des temps, l’artiste ou le curateur n’est plus forcément originaires du pays hôte mais bien le symbole de cette culture globalisé. Il devient «homo viator », comme le qualifierait Nicolas Bourriaud, l’artiste en voyage permanent, entre nations et cultures.

Melanie Smith, « Xilita – Incidents of Misalignment », vidéo, 2010

Résidant à Mexico, Smith présente ici sous le titre « Cuadrado rojo rosa impossible » un travail abouti composé essentiellement de vidéos. L’une d’elle représente bien la dualité qu’entretient l’artiste entre son pays d’origine et sa nation d’adoption. « Xilita – Incidents of Misalignment » (2010) montre la réappropriation par la végétation d’un énorme parc construit par l’aristocrate anglais Eward James. A la limite du surréalisme, on découvre des bâtiments aux formes épurées, complètement envahis par cette nature sauvage. En plus du côté physique littéralement visible, on ressent la force spirituelle du végétal qui reprend ses droits face à l’envahisseur.

N’est-ce  pas cependant paradoxal qu’une artiste anglaise expose un tel travail dans le pavillon d’un pays, qui à travers l’histoire n’a cessé de souffrir des influences occidentales ? Mélanie Smith, bien qu’invitée, se trouve dans une position quelque peu similaire à l’aristocrate anglais. Elle devient elle-même colonisatrice d’un espace, d’un pavillon.

Toutefois, au regard de ces artistes « viator », Smith bâti patiemment un pont entre deux mondes et deux époques. D’un temps où les occidentaux en recherche de richesses débarquaient aux Amériques, nous passons aujourd’hui à un aller-retour permanant, à des flux migratoires bidirectionnelles qui pourraient même, à terme, rendre caduque cette notion d’appartenance nationale.

Au même titre que l’artiste belge Francis Allÿs, qui réside également au Mexique, Mélanie Smith est symbole de ces artistes voyageurs. Partis pour découvrir d’autres cultures, ils  transmettent et s’enrichissent de nouvelles inspirations, dans un travail en complet échange avec les scènes culturelles, économiques et sociales locales. Pour réaliser les vidéos présentées dans le pavillon mexicain, Smith s’est d’ailleurs entourée de créateurs locaux. L’un d’eux, Raphael Ortega est  également co-auteur de plusieurs des vidéos.

Yael Bartana et la renaissance du judaïsme polonais

Le pavillon polonais, dans l’enceinte des Giardini, fit également le choix d’inviter une artiste étrangère. La commissaire Hanna Wróblewska porta son choix sur l’israélo-danoise Yael Bartana. Trois films tournés à la manière de documentaire étaient projetés en continu sur les différents écrans présents dans les salles du pavillon. Dans chacun, l’on découvrait les activités, discours et manifestations d’un mouvement fictif, en quête d’une renaissance juive en Pologne (« Jewish Renaissance Movement in Poland (JRMiP) »). A travers cette trilogie Bartana réussit à créer un système usant de mécanismes de propagande dignes de la seconde guerre mondiale. Derrière des images fortes fruit d’une réalisation d’un professionnalisme sans faille, l’artiste réussit à soulever aussi bien le thème de l’antisémitisme que celui du sionisme. De l’holocauste à la colonisation de la Palestine une tragique réalité se mélange dans l’esprit du visiteur.

Vidéo de Yael Bartana présentant le "Jewish Renaissance Movement in Poland"

Yael Bartana jouant peut-être de son statut d’artiste israélienne se permet à travers son travail de soulever une thématique souvent explorée. Pourtant, contrairement à bien d’autres, elle évite les clichés du troisième Reich et de la victimisation du peuple juif. Avec subtilité Bartana a mis en image un projet ambitieux qui, malgré la violence des références transmises par les images et les propos, porte en lui un message de tolérance, forme de manifeste d’une unité retrouvée.

« L’Arte Non e Cosa Nostra »

Si le Mexique et la Pologne furent symboles de l’ouverture sur le monde prônée par plusieurs nations, le pavillon italien lui en fut l’antithèse. Le ministère italien de la culture avait choisi comme commissaire pour cette exposition intitulée « l’arte non è cosa nostra » Vittorio Sgarbi. L’ex-présentateur de télévision, promu commissaire, avait déjà annoncé clairement ses intentions dans le texte d’introduction. Il prétendait, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’unification de l’Italie, vouloir exposer 150 artistes italiens ayant marqués la décennie 2001-2011. Dans son texte d’intention, il remettait également en question le besoin de « curateurs ». Afin de choisir un art accessible et proche du peuple, Sgarbi demanda à ses amis, écrivains, cinéastes et même pilote de course automobile de lui proposer un choix d’artistes à exposer.

Malgré un grand nombre de refus (plus de la moitié des demandes), 150 artistes purent tout de même être réunis. A la découverte de l’exposition, la première question qui vint à l’esprit de beaucoup était littéralement : « est-ce une blague ou une éloge du mauvais goût? » Malheureusement, ni l’une ni l’autre mais bien une volonté de pouvoir proposer un art accessible et compréhensible par chaque italien. C’est avec le plus grand sérieux et à grand renfort de publicité que l’exposition fut réalisée. Le manque de compétence de la part de l’équipe en charge du projet était pourtant évident.

Dans une cacophonie de médiums, de couleurs et de formes les œuvres furent enchevêtrées à l’image d’un accrochage d’une galerie de supermarché ou d’un fouillis de pucier. Les créations en elles mêmes faisaient penser tour à tour à des peintures réalisées par des élèves du lycée particulièrement soucieux de représenter au mieux un paysage, à des compilations de clichés en vogue dans l’art contemporain ou encore à des ébauches d’installations simplistes. Le drapeau italien, motif phare, se retrouvait dans presque un dixième des œuvres dénotant bien la vocation du pavillon et son intention politique. Une flambée de nationalisme au goût de censure de l’art authentique flottait au bout de l’Arsenale.

Si l’on peut être déçu de ne pas avoir pu découvrir de vrais créateurs italiens, porteurs de concepts et de raffinement, cet énorme espace permit au moins, de découvrir les travers dans lesquels il ne faut impérativement pas tomber. Outre ce nationalisme primaire, l’accrochage, la disposition et les non-choix curatoriaux furent, en eux-mêmes un enseignement. N’est-ce pas aussi, par les contre-exemples, que l’on apprend le mieux?

Cette trilogie de pavillons, permit, en outre, de constater que la volonté d’exposer uniquement des artistes nationaux n’est pas forcément porteuse. Bien que des expositions individuelles comme celle de Thomas Hirschorn pour la Suisse ou de Christoph Schlingensief pour l’Allemagne furent de complètes réussites, les pavillons nationaux se devraient aussi de permettre les échanges, de créer des ponts entre les cultures et de donner l’opportunité à des artistes et commissaires de se réunir au-delà des frontières.

 

 

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Bernard Vienat
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Le 20 novembre 2011 à 11 h 44 min   
exposition du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Affiche de l’exposition

Rire gras, sourires esquissés, les formes d’expressions de notre joie, de notre hilarité ou de notre gêne sont infiniment variées. Les vecteurs des sentiments et des réactions qu’ils entraînent sont tout aussi multiples. Ainsi, de l’humour graveleux à la satire acerbe le musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne a cherché à « développer le rire sous toutes ses formes ».

Pour ce faire, Bernard Fibicher et les deux co-curateurs Federica Martini et Marco Costantini ont réuni des créations remontant au dix-septième siècle jusqu’à nos jours. De Quentin Metsys et une scène grivoise peinte sur toile au dix-septième à  Maurizio Catalane qui accroche son galeriste avec des bandes adhésives  au mur de la galerie, les formes de représentation sont déclinées en peintures, photographies, sculptures, dessins, vidéos et œuvres in situ.

L’écriture domine aussi plusieurs travaux. A côté d’un film montrant une parodie de performance particulièrement triviale, la promesse de John Baldessari, écrite de manière répétitive, martèle : « Je ne ferai plus jamais de l’art ennuyeux ». Dans la salle voisine, autour des œuvres d’artistes tel Nan Goldin, Rodney Graham ou Christian Boltanski on peu voir trois grandes toiles de Christian Robert-Tissot. Avec leurs messages tantôt hermétiques, tantôt banals, se référant aussi bien à l’histoire de l’art qu’aux conventions muséales, on découvre, quitte à rester perplexe, le côté incongru souhaité dans l’exposition.

Beaucoup d’œuvres, cependant, ont un effet plus direct sur le visiteur. Les vingt-cinq rieurs, sculptures identiques, autoportraits de l’artiste Yue-Min Jun donnent au rire un aspect dérangeant. Cette répétition, cette standardisation de l’humain remise dans le contexte de l’artiste chinois suggère aussi bien une moquerie de l’artiste face au régime en place, qu’une critique du conformisme. Ne sommes-nous pas, en effet, parfois tous obligés de nous montrer rieurs ?

scène grivoise
Quentin Metsys (cercle de), Scène grivoise, 1er quart du 17e siècle, Huile sur toile, 100×122 cm, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux

Rieurs, nous pouvons l’être naturellement après avoir passé le porche de la salle deux. On sait que l’appropriation et le pastiche n’ont jamais été aussi présents dans l’Art qu’à notre époque, dans cette ère « post-Duchampienne » féconde. Bien après les premiers ready-mades et l’œuvre pastichant la Joconde « L.H.O.O.Q », Sherrie Levine pousse l’irrespect jusqu’a faire vomir l’icône. Valentin Carron quant à lui pervertit une figure filigrane de  Giacometti et le transforme en joueur de golf. Certain déploreront un côté simpliste mais il est difficile de ne pas esquisser un sourire. Sylvie Fleury aussi est présente dans la même salle et détourne un Mondrian en apposant de la fourrure sur les carrés…

Après ces quelques pérégrinations à travers l’histoire de l’art, les caricatures d’Honoré Daumier exposées dans la même salle sont les bienvenues. Elles permettent le voyage vers une autre forme de critique sociale toujours teintée de légèreté. Ce peintre, sculpteur et lithographe français du 19ème siècle, fils d’un vitrier a dû, pour financer sa carrière, travailler comme dessinateur de presse. Une série de ces derniers a été accrochée sur les murs du musée. Dans des scènes de véritables comédies humaines, l’artiste se rit  tour à tour des bourgeois, de la vie conjugale ou des parisiens. 
Glen Baxter dessinateur donne le pendant contemporain. Dans ses œuvres exposées, il met en scène historiens de l’art et curateurs, il les a déguise en cow-boy et les fait voyager à travers musées et créations.


Valentin Carron L’homme qui swing II, 2007, Bois, métal, résine et peinture acrylique, 225x140x51.5 cm, Collection Ringier, Zurich

Malgré l’accrochage parfois trop abondant,  la mise en scène de l’exposition n’a que peu de travers. La salle consacrée aux vidéos par exemple est particulièrement agréable et incite, à quelques encablures du dernier espace d’exposition, à s’asseoir, voir s’allonger sur de confortables poufs placés en face de chacun des téléviseurs.
Dans l’une des vidéos, l’artiste israélien Guy Bend-Ner joue avec sa femme et ses deux enfants une parodie de sitcom. Rien de banal pourtant, le film tourné sans autorisation dans trois magasins Ikea montre des scènes de vie quotidienne du foyer. Les discussions tournent autour des thèmes de la propriété privée et du rôle économique de la famille. Pour illustrer cela, les protagonistes appliquent les principes commerciaux capitalistes au sein même du ménage. La fille rémunère son père pour qu’il l’aide dans ses devoirs scolaires et lui s’empresse de donner une partie de l’argent à son fils pour qu’il lave la vaisselle.
Cette amusante critique de notre système d’échange est complétée par une autre réflexion. Le magasin Ikea, resté bien sûr ouvert au public, distille son lot d’acheteurs. Ceux-ci rentrent fréquemment dans le champ de la caméra. On se pose alors la question de « la perméabilité entre sphère publique et sphère privée » aussi bien à l’écran que dans notre vie de tous les jours.

La dernière salle d’exposition est dédiée aux dessins satiriques réalisés in situ par Dan Perjovschi. Entre street-art et dessin de presse, esquissés à même le mur, ils rompent avec la mise en scène classique et offrent une touche plus populaire. Les observations sur l’actualité suisse et internationale ainsi que les satires sur notre société permettent à chacun de profiter d’une dernière touche d’amusement.

La thématique du rire est donc, au fil de la visite, finement disséquée et la thèse de l’exposition n’est peut-être qu’une mise en question de la nature du rire dans notre contemporanéité. Face à certaines créations faites de rires frénétiques, standardisés, montrant cette tendance d’universalisation du fun et cette obligation sociale du devoir d’être heureux, c’est les valeurs de notre société toute entière qui sont remises en question.
En cette fin d’année, voilà donc une bonne opportunité de faire travailler son oeil et ses zygomatiques.

Glen Baxter
Glen Baxter, Sans titre, 2003, Crayons de couleurs et encre, 26×38 cm, Collection Frac Haute-Normandie

 

Musée Cantonale des Beaux-Arts de Lausanne,
Palais de Rumine – Place de la Riponne 6, +41 21 316 34 45,

Médiation: outre un feuillet papier décrivant avec détail les oeuvres présentent dans les différentes salles, un guide audio pour les enfants est mis gratuitement à disposition et offre un commentaire adapté pour une visite d’environ trente minutes.

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Bernard Vienat
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Le 22 octobre 2011 à 14 h 47 min   

Ai Wei Wei, "Han Dynasty Urn with Coca Cola Logo", 1995, 25 x 28 x 28 cm, Sammlung Sigg

Depuis près d’une décennie, le centre Pasquart de Bienne a pour coutume de présenter une fois par année une exposition thématique. Après une recherche sur les moments de joie, de bonheur et d’émotion lors de l’exposition 2010 intitulée « Felicità », c’est aujourd’hui le rapport entre archéologie et art contemporain qui est passé au crible. Dolores Denaro, qui signe ici sa dernière exposition pour le musée, a choisi une dénomination grecque : « Arkhaiologia ».

Plus de 30 artistes internationaux y présentent des créations avec pour point commun un rapport plus ou moins proche avec l’archéologie. De Ai Wei Wei à Sophie Calle, ils font route vers le passé en quête d’histoire, à la rencontre de nos origines, de la préhistoire jusqu’à nos jours.

Jonathan Meese & Daniel Richter, Die Peitsche der Erinnerung, 2005-2007

Proche du ready-made, la pièce de Wei Wei, par exemple, est un vrai télescopage de deux mondes spatio-temporels. Pour « Han Dynasty Urn with Coca Cola Logo », l’artiste s’est permis d’inscrire sur un vase néolithique le logo d’une certaine marque icône du capitalisme et de la globalisation. Par son acte profanateur sur lequel on est en droit de s’interroger, Wei Wei illustre d’une part  l’histoire de la Chine et sa révolution culturelle et d’autre part, il interroge le visiteur sur le lien que nous entretenons avec notre passé et notre héritage culturel. En replaçant cette question dans le contexte chinois, la portée en est d’autant plus forte. Avec l’évolution effrénée de l’économie  chinoise et une poussée extrême d’une nouvelle forme de capitalisme, le pays est passé de l’âge de pierre à l’ère des multinationales.

 

D’autres œuvres de l’exposition tiennent plus de l’intime et traitent de l’archéologie de nos propres existences. Si la psychanalyse a toujours cherché à pouvoir déceler dans l’inconscient les souvenirs de notre enfance afin de mieux comprendre les traumas qui nous hantent, Sophie Calle s’adonne ici aussi à ce travail. Dans « Wait For Me » elle combine l’image et les mots. A côté d’une photographie d’enfance, le texte « souvenir d’enfance » dévoile son obsession de l’abandon.

Au gré des salles du musée, les démarchent artistiques se multiplient et la thématique s’élargit. Peter Volkart et son grille-pain de 1942, montre ici les possibles découvertes des archéologues du prochain millénaire. Dans la même lignée, le dernier « tableau-piège » « Déjeuner sur l’herbe » de Daniel Spoeri réalisé en 1983 et retrouvé par des archéologues est aussi exposé.

Une autre salle est entièrement consacrée au travail de Daniel Richter et Johan Meese réalisé après avoir été invités à Stade par un archéologue soucieux d’emprunter de nouvelles voies.

Jan Fabre, "Monk", 2004, Fil de fer et os humains, 170 x 65 x 65 cm

Cependant, l’une des belles surprises de cette exposition reste le grand espace consacré à l’installation « Frozen City » de Simon Fujiwara. Montrée pour la première fois en 2010 lors de la Freeze Art Fair, cette reconstitution d’une fouille archéologique imaginaire avait alors fait grand bruit. Dans des trous d’environ un mètre de profondeur se trouvent les reliques supposées de l’artiste lui-même retraçant ainsi sa propre histoire.

« Arkhaiologia » est considérée comme la première exposition d’une telle ampleur exprimant la dialectique entre l’archéologie et l’art contemporain. Bien qu’impressionnante par sa taille et par le choix des artistes exposés, il reste regrettable qu’aucune thèse particulière ne s’en dégage. Dans ce survol global, on peine à distinguer une cohérence. Les œuvres sont si hétérogènes qu’il semble impossible de trouver un fil rouge plus subtil que la vaste thématique de l’exposition. Cependant si vous êtes capables de dissocier les œuvres et prêts à un dépaysement total d’une salle à l’autre, vous pourrez alors y trouver quelques perles bien contemporaines.

 

L’exposition est à voir jusqu’au 27 novembre 2011 au Centre PasquArt, Seevorstadt 71-73, 2502 Bienne, +41 323225586, www.pasquart.ch

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Bernard Vienat
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Le 11 octobre 2011 à 17 h 43 min   

 

Grâce à un passionné d’art et à l’entrain d’une poignée de bénévoles s’organise depuis 1953 des expositions au sein du Musée des Arts Jurassiens de Moutier. C’est aujourd’hui Valentine Reymond qui est la conservatrice du lieu et, forte d’un accord de coopération unissant la République et canton du Jura et la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle a fait naître l’exposition concept : duos d’artistes un échange.

Dans la nouvelle aile du musée, Léonard Félix, peintre jurassien vivant à Genève, répond avec ses toiles aux peintures et dessins de l’artiste belge Charlotte Beaudry. A première vue, tout oppose les œuvres de l’un et de l’autre. Le premier représente des constructions architecturales vides de toute présence humaine. Voilées par un flou mystérieux, elles recèlent un côté mystique et, en fonction de la distance où l’on se trouve, des lueurs de clarté font jour.

Charlotte Beaudry, elle, peint avec netteté et comme dans la série « Mademoiselle nineteen », les tableaux sont peuplés de jeunes femmes. L’humain est bien présent et quand on ne le voit pas sur la toile, ce sont des objets qu’il a laissé derrière lui qui font face à nous. Malgré ces différences, les deux artistes se retrouvent sur un point. Ils s’inspirent tous deux de la photographie pour leurs compositions. Léonard Félix compare d’ailleurs ses images à des « révélations qui semblent surgir, comme la photographie argentique apparaît après avoir passé dans un bain révélateur. »

A l’intérieur de la villa c’est un tandem féminin qui s’approprie l’espace. Elodie Antoine pour la Belgique converse par ses installations avec les travaux de la jurassienne Gabrielle Voisard. Toutes deux interviennent dans les salles afin de recréer « l’atmosphère d’une villa de la haute bourgeoisie. » Chaque pièce trouve alors une autre ambiance et « fait référence à différentes fonctions de l’habitat : salon, boudoir, … ». En détournant les objets, les meubles et même l’ornementation initiale de la maison, les deux artistes composent, ici avec poésie, un nouvel environnement teinté d’humour.

Même si les deux duos sont complémentaires,  on peut regretter toutefois qu’ils ne se chevauchent pas, qu’ils soient dans des salles distinctes. Une rencontre entre les supports aurait pu élargir le champ de vision et offrir une optique complémentaire. Toutefois, la qualité des œuvres proposées, l’intérêt du projet d’échange et l’accueil chaleureux permettent de passer au-dessus de ce bémol.

 

 

 

A voir jusqu’au 13 novembre 2011, Musée jurassien des arts, rue centrale 4, 2740 Moutier, +41 (0)32 493 36 77, www.musee-moutier.ch

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Bernard Vienat
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Le 5 octobre 2011 à 21 h 38 min   

En charge de l’exposition d’Art Contemporain du musée Rath « Rathania’s »,  l’artiste et curateur genevois Fabrice Gygi a choisi un mode de commissariat pour le moins peu conventionnel. Sur les deux niveaux du musée se trouvent, dans les longues salles, des structures métalliques montée comme des étagères qui se divisent en modules. Au total, ce ne sont pas moins de 296 boîtes de 1 mètre sur 1 et de 60 centimètres de profondeur qui sont confiées au talent créateur d’artistes ou de collectifs. On peut penser que faire un choix parmi tous les artistes établis dans le canton n’est pas chose facile… Pour l’exposition « Rathania’s », le problème ne s’est pas posé. Aucun des participants n’a dû passer devant un jury… Les premiers inscrits ont tout simplement hérité de l’espace.

Comme on peut lire sur le site internet du musée: « il s’agit d’une invitation à la production artistique genevoise à présenter toute sa force créatrice et sa prolifération. » Il en résulte une diversité de supports et de genres complète. Peintures, sculptures, photographies, installations de tous types se mélangent. La « prolifération » est donc totale et oblige le spectateur à faire lui-même sa sélection. Il se retrouve ainsi son propre commissaire. L’espace d’un cheminement entre les boîtes il affine son goût, construit sa propre définition de l’art contemporain, découvre la scène genevoise. Pourtant, sur les 296 boîtes, l’inégalité de niveau entre les créations est bien marquée. Heureusement, malgré le nombre de peintures décoratives, d’installations faciles et de travaux sans références, sans esthétique ni concept, ils se trouvent quelques œuvres d’une réelle qualité, qui mérite de rentrer dans la catégorie Art contemporain.

 

 

Certains ont par exemple réussi finement à jouer avec ces fameux casiers métalliques. Dans la première salle l’oeuvre de Pascal Berthoud « small sculpture, building a collection » décline neuf petites pièces en acier inoxydable posée sur une structure de neuf petits cubes en bois. Jonathan Delachaux présente lui, une technique de peinture surprenante et didactique. A coté de la peinture se trouve un sèche-cheveux et lorsque le visiteur chauffe la toile, l’image se modifie. Dans la salle suivante, il est impossible de regarder l’intérieur de la boîte de Benoît Delaunay. Une porte la ferme hermétiquement. Le contenu reste donc mystérieux et, comme face à un coffre bancaire, l’ouverture semble impossible.

Avec la crise financière et les scandales en cascade, la thématique a fait des émules. Ainsi, Philippe Eliopoulos, a disposé au dessus de 6 tiroirs de coffres bancaires à moitié tirés, comme vidés de leur contenu, les célèbres colonnes de Wall-Street. A travers passe en boucle une vidéo des émeutes grecques, pays dont l’artiste est originaire. Par son engagement, il transforme l’espace tranquille et privilégier du musée et interpelle chacun sur sa responsabilité.

Un peu plus loin, dans la troisième salle, Cyril Vandenbeusch a recouvert son cube d’un drap noir. Un seul trou permet au spectateur de regarder le contenu de la boîte et ce, par le truchement d’un appareil photo, duquel sont pris automatiquement des clichés toutes les deux heures. La nature morte qu’on observe à travers l’objectif est composée de lys coupés, qui naturellement se fanent au fil de l’exposition. Au pied du vase est posé un livre de La Fontaine et à côté, un petit miroir reflète la photo de l’artiste, un couteau à la bouche. Comme le plasticien l’a annoncé, une animation composée des photographies de l’oeuvre prolongera cette création éphémère, belle métaphore de notre brièveté.

Bien évidemment, d’autres œuvres mériteraient d’être évoquée ici mais c’est avant tout, à chacun, de pouvoir découvrir les créations avec lesquelles, il composerait sa sélection. Le concept atypique et novateur de l’exposition confère au spectateur un tout autre rôle et, parmi cette prolifération créatrice, chacun trouvera matière à réflexion, plaisir esthétique ou de nouveaux artistes à suivre de près.

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Le 28 septembre 2011 à 13 h 04 min   

Pour célébrer le 30ème anniversaire de la galerie Andata Ritorno, Emanuela Lucaci et Joseph Farine investissent les murs de l’espace avec une réflexion originale sur la nécessité du portait au 21ème siècle. On peut effectivement se demander de nos jours qu’elle est la place du portrait peint alors que la photographie rend déjà une image fidèle du sujet et qu’il est possible à tout un chacun d’y avoir accès.

Cette exposition en deux parties, « Intimate faces » de Emanuela Lucaci et « painting is an other way of loving » de Joseph Farine donne une bonne réponse à la question. La sensibilité propre aux deux artistes confère aux œuvres tour à tour une touche qui apaise les contours des visages, qui en marque les traits, qui les défigure, qui les sublime.

Emanuela Lucaci suit très nettement une tendance réaliste qui tient à respecter fidèlement les caractéristiques morphologiques de son modèle. Cependant, on note également un certain côté idéaliste avec cette volonté de transcender le sujet. Il faut dire que les modèles choisis par l’artiste sont une sélection des « êtres qui lui tiennent le plus à cœur », «  dont elle se sent le plus inspirée ».  Vivants ou défunts, ils ont eut une influence primordiale sur sa peinture, sur sa vie. Ainsi, à côté d’artistes et de scientifiques célèbres comme Tchaïkovski, Cioran ou Einstein se trouvent des contemporains qui ont croisé sa route et qui l’ont à leur tour illuminée. Ce choix permet de consacrer subtilement ses amis proches, sa famille et de les hisser à la hauteur des maîtres qu’elle respecte tant. On peut se demander pourtant s’il est facile de recevoir un tel honneur.

Joseph Farine représente lui aussi, dans la petite salle attenante des hommes dont il se sent proche et qui ont participé à l’histoire de la galerie Antata Ritorno. Collectionneurs, galeristes et politiques sont traités en ligne de trame dans des couleurs pop rappelant les sérigraphies warholiennes. On retrouve également dans cette série une implication sentimentale forte de l’artiste. Il est difficile dès lors d’imaginer comment cela aurait été possible en photographie.

Ces dernières années, avec notamment l’avènement du célèbre concours « BP portait Award », le portrait reprend progressivement ses lettres de noblesses et cette exposition prouve à quel point il est encore possible aujourd’hui de magnifier l’humain, de lui donner vie par la peinture.

A voir jusqu’au 22 octobre, Galeria andata/ritorno, 37, rue du Stand, 1204 Genève, Tél. 022 329 60 69

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Bernard Vienat
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Le 20 septembre 2011 à 15 h 37 min   

Ouvrage "ANIMALIA", 2086 pages, 21,7 x 28,7 cm, Septembre 2011

C’est au bord de l’Aar, au cœur de Berne qu’exposent en compagnie d’une dizaine  d’artistes de la génération montante de graphistes suisses alémaniques, Ivan Weiss et Mikael Kryenbühl. Tout droit revenus de leur atelier d’artiste new-yorkais, ils présentent un livre sortant de l’ordinaire, fruit d’un travail de titan.

Toutes les espèces animales connues sont réunies dans cette bible à mi-chemin entre recherche scientifique et réalisation artistique. Illustrée de 8000 images noires et blanches de créatures vivantes se trouvant sur notre planète, cette encyclopédie sensibilise le public à la biodiversité qui nous entoure et rappelle que seul ce qui est exploré et catalogué peut être véritablement protégé.

Depuis Aristote et son œuvre « Historia Animalium » l’intérêt pour la recherche et la catégorisation des espèces n’a jamais cessé. Dans un désir de meilleure compréhension de notre environnement ou en quête de nos racines, les données se sont progressivement multipliées.

Weiss et Kryenbühl ont eux mis au point un système informatique pour réunir toutes les données « animales » se trouvant sur Internet. Le programme de recherche créé par les deux artistes a pour vocation de sélectionner les informations pertinentes de la toile se trouvant perdues à travers cette jungle de millions de pages que constitue le Web.

C’est donc depuis leur atelier New-Yorkais que les deux suisses ont mené leur voyage de Beagle. Après avoir réuni les millions d’entrées, avec une grande minutie, ils ont entrepris un travail de sélection, de classification et de mise en page. Le résultat est saisissant. Les lignes sont épurées, la typographie stylisée, un vrai bijou…

Johnson / Kingston, Ivan Weiss / Michael Kryenbühl, Bern / Luzern, www.johnsonkingston.ch

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Le 5 décembre 2010 à 14 h 57 min   

Emanuela Lucaci, Wild Hunt, 35x25 cm, huile sur papier marouflé sur bois

« Sexy X’mas » est une exposition collective réunissant des artistes ayant pour la plupart exposés à la galerie andata.ritorno, réunis pour la circonstance dans l’actualité du calendrier sur les thèmes conjugués de la festivité, de l’érotisme, de la religiosité, sous l’étendard universellement présent à cette époque de la commercialisation. Depuis plus de 2000 ans, la fête de Noël marque l’Occident chrétien du sceau de la commémoration de la naissance de Jésus-Christ, sous des formes très diverses : la piété se faisant de plus en plus rare, au profit d’un commerce outrancier accéléré par l’ère industrielle capitaliste. Le sexe et son marché, qui date de la nuit des temps, a bien entendu suivi, quant à lui, une expansion proportionnelle à l’essor de la technologie des temps post-modernes.

« Sexy X’mas » ne se veut rien d’autre qu’un temps d’arrêt sur ces phénomènes ambiants à travers un parcours d’oeuvres diverses d’artistes contemporains reliées, en l’occurrence, par les stations d’un singulier « Chemin de Marie » (comme on dit un « Chemin de Croix »), datant vraisemblablement du XVIème siècle, retrouvé dans une église occitane et nous invitant à un brin de réflexion sur la perte et le manque du religieux dans le lien social actuel.

Artistes de l’exposition:

Victoria Amini, Airine, Stéphane Ducret, Angel Fernández Sanchez de la Morena, Joe Flour, Peter Klasen, Emanuela Lucaci, Nicolas Lieber, David Mach, Cédric Marendaz, Jacques Monory, Gérard Musy, Carmen Perrin, Jean-Claude Prêtre, Thomas Schunke, David Siegenthaler, Patrick Weidmann

Commissaire d’exposition, Joseph Farine: Andata ritorno lab

Opening Thursday 9 December 18:00 pm 9 December – 24 December 2010 – Monday to Saturday 9h/18h
EXHIBITION AT: Galerie ©MARENDAZ 27 rue de la Coulouvrenière – Genève 078 882 84 39 – 078 763 63 41

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Bernard Vienat
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Le 2 novembre 2010 à 17 h 00 min   

La kunsthalle propose jusqu’au cinq décembre une exposition thématique où se croisent photographie et vidéo. « The idea of Africa (re-invented)#1 » propose un point de vue africain sur l’ouest du continent, en particulier sur le Nigéria et son ancienne capitale Lagos.
Au rez-de-chaussée, le travail photographique de J.D. Okhai Ojeiker, témoin attentif depuis près de 60 ans de l’évolution du Nigéria s’oppose à une double projection vidéo.  Au sous-sol, c’est la vision contemporaine de 10 artistes nigérians qui est proposée. Derrière leurs objectifs, ils ont sillonné l’Afrique de l’ouest et des photos, des textes et des vidéos retracent leur périple.

J.D. Okhai Ojeiker, témoin du changement africain

Revenons en pour l’instant à Lagos, mégapole portuaire de plus de 15 millions d’habitants qui, au regard des prévisions démographiques, deviendra la 3ème plus grande ville du monde à l’orée 2020.
C’est là que J.D. Okhai Ojeiker, né en 1930 à Ovbioumu-Emai s’est établi. Depuis plus d’un demi-siècle, il retrace avec une fidélité déconcertante l’évolution urbanistique de son environnement. En plus d’être un artiste d’une rare persévérance, il est également un témoin clé de la décolonisation et du changement africain. Dans ses archives se trouvent des photographies des 60 dernières années, dont la plupart, n’ont jamais été exposées. Le choix du commissaire et directeur du lieu, Philippe Pirotte, s’est porté sur des clichés réalisés durant les années soixante-septante. Ces photographies sont le reflet d’un pays, déjà en plein développement. On y voit des bâtiments flambant neufs d’une architecture qui n’a rien d’exotique. L’influence européenne et la présence d’entreprise occidentale y est telle, qu’il faut aller jusqu’à observer le détail des plaques de voitures pour s’apercevoir qu’il s’agit bien d’images du Nigéria.
Sur ces tirages se succèdent des grattes-ciel, une cité satellite formée de trois grandes tours qui pourrait tout aussi bien se trouver dans une banlieue française ou encore l’image de centaines de coccinelles WV qui attendent leurs futurs propriétaires.

J. D.’Okhai Ojeikere, Lagos skyline overlooking the New Marina, 1982, photografie, courtesy Foto Ojeikere.

Lagos Wide and Close

En pendant de ce travail est projeté sur deux écrans, la vidéo « Lagos wide and close », seul regard européen de l’exposition. Le projet de ce film a débuté en 2001, lorsque Lud Rem Koolhaas, architecte et directeur de projet d’urbanisme à Harward rencontre la réalisatrice hollandaise de film documentaire, Bregtje van der Haak. Il en résulte une magnifique compilation d’un peu plus d’une heure d’images, choisies minutieusement parmi plus de 55 heures de pellicules tournées sur place.
En alternance, l’un des écrans distille une série de gros plans et rentre dans l’intimité des habitants. L’autre, met les scènes en perspective et propose des angle de vue plus large. Il en découle une symbiose avec la vie locale et on se projette, presque aisément, dans la vie des indigènes.
En fil conducteur, la réalisatrice a choisi de suivre le chauffeur d’un taxi-bus dans son trajet quotidien à travers les rues bondées de la ville. Un cahot incroyable y règne et au milieu d’un déluge de klaxon, le bus arrive miraculeusement à se frayer un chemin.
Autour de cet homme, victime d’un stress permanant, se succèdent d’autres rencontres. Si eux aussi, mentionnent le rythme de vie effréné qu’il faut mener pour s’en sortir, le contraste est radical. Un responsable d’un mouvement religieux promet de transformer tous ses fidèles en « winner ». La cérémonie filmée et les interviews de fidèles montrent une dévotion totale et un succès autant populaire que financier pour le mouvement.
Autant les propos que les images sont surréels. On voit par exemple, des centaines de téléviseurs d’un autre âge, à moitié démontés être déchargés d’un camion. Les hommes les portent trois par trois sur leurs épaules, comme si il s’agissait de sacs de riz. Dans le même marché, des femmes choisissent des fers à repassé qui, empilés les uns sur les autres, forment une réelle pyramide comme une installation monumentale, plantée là. En sortant de la salle de projection on a littéralement l’impression d’avoir vécu Lagos.

Invisible Borders

En descendant à l’étage inférieur, on retrouve ce dépaysement. Dix photographes, auteurs et réalisateurs nigérians ont réalisés en 2009 un voyage par la route, de Lagos à Bamako. Ils ont documenté artistiquement leur périple afin de l’exposer à la Biennale de photographie de la capitale malienne. Si l’on conçoit que la globalisation a favorisé l’ouverture des frontières, il semble que cette facilitation n’aie pas touché l’ouest africain.
Toutefois, la lourde bureaucratie, la corruption et la criminalité n’ont pas freiné l’ardeur des artistes qui, quelques mois après ce premier voyage, se sont lancés dans un deuxième périple, cette fois, de Lagos à Dakar avec comme but Dak’Art 2010, biennale pour l’art contemporain africain.
Sur les murs de la Kunsthalle se sont des photos, des textes et des vidéos portant sur le voyage de cette année qui sont exposés. Un travail sensible et poétique qui peut également être suivi, en tout temps, sur le blog du collectif: http://www.invisible-borders.blogspot.com/

Uche Okpa-Iroha, Finding Rest Lome, 2010, courtesy Invisible Borders

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Bernard Vienat
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Le 22 octobre 2010 à 15 h 51 min   

Un atelier toujours peuplé

Vasili Lavandier, 2008, acrylique sur toile, 160 x 12

On l’a vu gagner deux fois les bourses fédérales, être exposé au musée Rath ou à la Fiac. Depuis sa première exposition, alors qu’il n’avait que treize ans, Jonathan Delachaux impressionne par son imagination et son style affirmé. Ravi, j’allais enfin visiter l’entre de ses créations.
Arrivé sur place, je le rencontre sur le perron d’un immeuble cossu genevois. Par une porte dérobée, il me mène dans son atelier.

Je pensais le voir en tête à tête. Impossible, Jonathan est toujours entouré de trois étranges compagnons. Le premier, Vasili Lavandier, assis d’un air rêveur contemple une énorme carte de géographie peinte sur le mur. Les deux autres, Naïma Bourquin et Johan Vasquez admirent un tableau dont ils sont les principaux protagonistes.

C’est bien eux, ils ont grandi ou pris de l’embonpoint, mais, depuis 16 ans maintenant, ils restent aux côtés de l’artiste et vivent en permanence dans l’atelier…Une telle fidélité et une vie si confinée, ce n’est pas humain, me direz-vous? En effet, ces êtres sont tout de plastiline, d’un réalisme digne des personnages de cire du musée Grévin et sont le fruit de l’artiste qui les met en scènes au gré de son imagination.

Ils enlèvent le procureur et se font de faux passeports

Jonathan dit les avoir recueillis lorsqu’ils avaient 11 ans. Depuis, l’artiste leur a fait vivre nombre d’aventures et les a peintes successivement. Forme de mise en abyme, le spectateur a déjà pu découvrir tour à tour le trio  monter sur la scène du théâtre de l’Usine, sortir un album de musique à Berlin ou prolonger leur passeport en douce.

En 16 ans, les histoires insolites se multiplient, surprennent par leur originalité et en terrifient même certains. Ainsi, les trois amis ont cherché, à New-York, pendant six mois, à rentrer en correspondance avec Paul Auster. Jonathan envoyait à l’auteur, chaque semaine, une petite toile narrant l’histoire de ses personnages. Les colis débouchèrent, la semaine après les attentats du 11 septembre, sur une rencontre entre l’artiste et l’écrivain, immortalisée par une grande toile. Au lieu de montrer sa gratitude, Auster demanda à l’artiste d’arrêter les envois, se disant effrayé… Le contexte et la peur omniprésente du moment n’y sont certainement pas étrangers. Cette série de peinture a été depuis l’objet du catalogue « Psychose new-yorkaise », édité par la Galerie Une.

A Genève, le trio a semé également la terreur. En 2007, Vasili, Johan et Naïma devaient quitter leur appartement dû à la décision du gouvernement genevois de se débarrasser des squatters. En réaction, un an après, les trois comparses séquestrèrent « virtuellement » le procureur Daniel Zappelli. L’enlèvement est peint sur plusieurs toiles, de ses prémices à l’intérieur même du palais de justices jusqu’à une sombre cave dans laquelle le magistrat fut détenu. Les peintures, présentées à la FIAC 2008 suscitèrent des réactions en chaîne, dans la presse Suisse romande. Le procureur, interrogé dans le quotidien Le matin, se montra offusqué, craignant même que les tableaux puissent inspirer un déséquilibré.

Les histoires des trois mannequins et de l’artiste se recoupent fréquemment. Lui aussi a passablement bourlingué. Il a eu la chance de participer à de nombreuses résidences, du Japon à l’Inde en passant par Berlin ou New York. Dans chacune de ses villes, il prit le soin d’emmener au moins un de ses personnages et continuer ainsi sa narration.

sans titre, 2006, 3 acryliques sur toile, 180 x 80 cm

Du plastique à la toile

Si les anecdotes sont souvent caustiques, les aventures de Vasili, Naïma et Johan sont d’autant plus parlantes que le style pictural est original et recherché. Depuis cinq ans maintenant, c’est sur l’envers de l’oeuvre que Jonathan travaille. Il utilise un plastique transparent sur lequel il projette l’image de sa future peinture. Il appose ensuite l’acrylique, couleur après couleur jusqu’à couvrir le plastique entièrement. Après l’avoir marouflé sur la toile, il retire le film plastique. La peinture est alors complètement lisse, on n’y distingue plus qu’une seule couche. Le résultat est saisissant. L’artiste, lui, apprécie particulièrement de travailler derrière la toile, de faire face en quelque sorte aux spectateurs.

sans titre, 2007, 3 acryliques sur toile, 170 x 118 cm (de jour)

La particularité de son style ne s’arrête pas là. Jonathan Delachaux cherche en permanence à rendre sa peinture plus subtile. A cette fin, il utilise fréquemment, une peinture ultra-violette, qui se voit uniquement à la lumière noire. Grâce à cette démarche, chaque histoire picturale se complexifie un peu plus. La peinture nocturne complète la peinture diurne et nous immerge encore plus profondément dans cette dualité réalité fiction. Plus l’on entre profondément dans le travail de Jonathan plus les questions deviennent nombreuses. Chaque détail semble minutieusement défini et les niveaux de lecture quasiment infini.

la même oeuvre (à la lumière noire)

Prochaines expositions

En ce moment Jonathan prépare deux expositions, prévues pour le mois de mars. La première aura lieu à la « New Galerie » dans le 3ème arrondissement de Paris. En collaboration avec un écrivain parisien, l’artiste a mis en place un dialogue. Après avoir reçu le chapitre zéro, rédigé en toutes lettres, il peint le chapitre premier de l’histoire. A travers ses peintures, il multiplie les indices subtils, qu’il cache au gré de ses réalisations pour permettre à son correspondant de continuer le roman. L’autre exposition aura lieu à Genève à la « Galerie Varenne ». Les premières oeuvres que j’ai admirées dans son atelier promettent à Vasili de nouvelles expériences sensuelles affectives qui raviront les visiteurs de jour comme de nuit.

Les dates exactes seront prochainement communiquées sur www.artreporter.net et sur le site Internet officiel de Jonathan Delachaux.

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